La guerre franco-allemande de 1870

 

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ON A PERDU LE CINQUIEME BATAILLON.

 

C’est ainsi que pourrait s’intituler ce fragment du cahier des rapports quotidiens du cinquième Bataillon des Mobiles d’Ille-et-Vilaine pendant la guerre de 1870. On aurait aussi pu titrer « Les tribulations du 5ème Bataillon ».

En effet le cahier des rapports commence le 21 août 1870 à Saint-Malo. Il manque les premières pages. De temps en temps, l’action ou les déplacements font qu’aucun rapport n’a été fait à la troupe et plusieurs jours sont sautés. Il se termine le 24 décembre de la même année, mais il n’est signé ni du capitaine, ni du lieutenant, ni du sous-lieutenant, comme les autres jours. Sur la page suivante, seule la date est inscrite. Le reste de la page est blanc. Qu’est devenu ce bataillon dans cette guerre ?

D’après ma mère, mon grand-père maternel Jean-Baptiste Gonin, tailleur à Dol, devait être secrétaire ou fourrier pendant la guerre de 1870. Il lui avait raconté la famine qui sévissait dans Paris assiégé. La famine a eu lieu à partir de janvier 1971, mais les difficultés de ravitaillement que l’on ne mentionne pas dans ces rapports sont attestées dans l’Histoire de la Guerre de Prusse écrite par Amédée de Césena. Sa baïonnette ne lui aurait servi qu’à tuer des rats pour les manger et il aurait aussi rapporté ce petit cahier et son sac à dos carré en bois couvert de toile grise.

J’ai toujours ces trois objets. Mais l’arme a été fabriquée à Tulles en février 1871. Ce n’est donc pas celle qu’il avait à Paris. Effectivement la convention d’armistice stipulait que les marins l’armée de terre, les mobiles devaient rendre leurs armes et devenaient prisonniers de guerre, internés à Paris. Seule la Garde nationale pouvait garder ses armes.

 

Le 19 novembre, le 5ème Bataillon est cité textuellement, mais une photo de J-B Gonin en uniforme permet de lire sur sa casquette : 26, je me suis demandé si mon grand-père était dans les Mobiles ou dans l’Infanterie Il fallait approfondir les recherches. Selon l’Almanach Hachette de 1898, le 26° RI à cette date est stationné à Toul-Nancy.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

En avril 2003, je suis allé aux Archives Militaires à Vincennes. S’il n’y a aucun renseignement sur les sous-officiers et hommes du rang, j’ai par contre découvert que le commandant de chaque bataillon de mobiles, a rédigé à l’intention du préfet de son département, un compte rendu de son activité pendant toute la guerre[1].

C’est ainsi que je découvre que le 5ème Bataillon de Saint-Malo faisait partie du 26ème Régiment de Mobiles d’Ille-et-Vilaine, et que le numéro du régiment devait être porté sur la casquette. J-B Gonin était donc bien dans les Mobiles.

Les effectifs du bataillon étaient le 28 octobre 1870, avant les combats, de 23 officiers et de 1171 hommes.

J’ai résumé ainsi le compte-rendu du commandant de bataillon:

 Le bataillon parti de Saint-Malo le 7 septembre, arrive à Paris le 8, est logé chez l’habitant. Le 26, il demeure à la villa Montmorency, et garde la porte d’Auteuil. Le 1 novembre il se rend aux Tuileries. Le 17 il part à Montreuil dans la 2éme Brigade de la 5ème Division du 9ème Corps d’armée. Il passe 8 jours au camp de Tilmont (Tillemont). Le 30 novembre il va protéger le passage de la Marne. Le 9 décembre, il se rend sur le plateau d’Avron. Le 26, il attaque la Maison Blanche en 1ère ligne, contre 600 Saxons embusqués derrière les murs du château. Le 29, seconde attaque en 1ère ligne, la position est enlevée, le château occupé. Le Lt Horius, 2 sergents et 6 mobiles ont été tués, 11 mobiles sont blessés dont certains sont morts ensuite (Les noms ne sont pas cités, dommage). Le bataillon a fait 4 prisonniers. Le 28 décembre, après 3 jours d’une canonnade effroyable, le bataillon quitte le plateau d’Avron à 09h00. Il stationne ensuite à Charenton. Le 18 janvier, il va à Neuilly, le 19, il attaque sur les hauteurs de Buzenval, et rentre le 20 à Charenton. Le 28 janvier il est envoyé à Paris, quai Bourdon (sans doute le Boulevard Bourdon actuel, 4ème Arrondissement), puis à la Barrière du Trône et rue de Lyca, où il est désarmé. Le 3 mars, le Gouvernement décide que les Gardes Nationaux Mobiles des départements seront renvoyés dans leurs foyers et licenciés avec 10 jours de solde après arrivée à destination[2].

Le 14 mars le 5ème Bataillon quitte la gare Montparnasse à 10h50. Le train ramène 1110 hommes. Le Bataillon est de retour à Saint-Malo le 15 Mars 1871.

 

Ce résumé correspond effectivement au document que mon grand-père avait rapporté, et il le complète après le 24 décembre 1870. Ce document démontre aussi que le 5ème Bataillon de Mobiles d’Ille-et-Vilaine n’a pas participé à la Commune dont l’insurrection commence le 18 mars, et se termine le 21 avril avec l’assaut des « Versaillais ».

L’intérêt du cahier ramené par mon grand-père est qu’il permet de suivre les diverses activités du bataillon, la mise en place depuis Saint-Malo jusqu’à Paris et ses différentes positions pendant le siège.

 Il montre aussi la discipline de l’époque, la sévérité, la célérité de la justice en temps de guerre. On y observe encore une certaine pagaille, de l’improvisation et un manque d’organisation. Heureusement quelques pages plus plaisantes comme l’admonestation aux clairons trop zélés ou la revue des « outils de perdition » font sourire.

 Certains noms sont cités ce qui permettra peut-être à des lecteurs d’y reconnaître un de leurs aïeux. Enfin on note la manière dont les officiers étaient élus. Aucun homme de troupe ne pouvait y prétendre, seuls des sous-officiers pouvaient se présenter.

Intéressant aussi le « Référendum » pour savoir si on va changer ou garder le Gouvernement, l’Armée était consultée. Ce n’était pas encore la « Grande Muette », et pourtant ils cantonnaient près de la Muette !

Entre les exercices presque biquotidiens et la garde aux avants postes, la vie devait être assez morne et le recours à la boisson était sans doute le seul dérivatif, d’où les nombreuses mises en garde du commandement.

Un exemplaire de cet article a été déposé à la Société d’Histoire et d’Archéologie de l’Arrondissement de Saint-Malo, aux Archives militaires à Vincennes et a été édité dans le Rouget de Dol. (N° 79, 1er semestre 2001)

 

Ce cahier parfaitement écrit commence le 21 août 1870 à Saint Malo, la partie précédente ayant été perdue. Dès les premiers rapports on constate que cette unité n’est soit pas bien rodée. C’est un bataillon en train de se constituer. Les hommes et les cadres ont certainement été rappelés et ne connaissent pas les procédures normales, puisqu’il faut leur rappeler les horaires et lieux où doivent aller les malades, la façon de remplir un état, on ne connaît pas les malingres du bataillon etc…. Cette impression de mise au point continuelle, pendant ces quelques mois prouve que ce sont des civils incorporés et non des militaires d’active.

On apprend aussi que les hommes proviennent des communes de Châteauneuf, Cancale, Dol, Combourg et Tinténiac. Ce sont les communes desservies par le train et il est probable que les permissionnaires habitent également les villages autour de ces gares. Les villes de St Malo et St Servan ne sont pas mentionnées puisque les permissionnaires peuvent se rendre à pied chez eux.

J’ai conservé textuellement les expressions les abréviations les ratures et les fautes, et parfois ajouté un commentaire en italique.

Jean-Pol Puisné

[1] Historique des bataillons de Mobiles pour la défense de Paris Lm 15 et 16

[2] Li 38

 

 

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Jean-Pol Puisné - HistogenDol - 08.2004 

mise à jour 06/08/2006