Histoire en Pays Dolois  

Quelques pages d histoire locale

Dol, occupation, libération, 1939-1945

 

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UNE REVELATION HISTORIQUE SUR LA LIBERATION DE DOL

LE 4 AOUT 1944

 

Un courrier arrive.

Au mois janvier de cette année, je reçois un mail de Madame Sue DAVENPORT  ainsi rédigé

 

de : "Sue Davenport" <Sue.Davenport@...........>

À : <histogen.dol@free.fr>

Envoyé : jeudi 24 janvier 2008 01:30

Objet : Liberation of Dol, 4 august 1944

 

Bonjour,

I am searching for stories about the liberation of Dol-en-Bretagne in August 1944.

My father was in the American Army, in the Central Intelligence Corps, and was allegedly responsible for a meeting between the German commandant occupying Dol and the Mayor of Dol (Emile Pardieu) on or about August 3 or 4, 1944.  The result of this meeting was that the Germans retreated without bombing the town of Dol, and thereby saving the town, especially the Cathedral Saint Samson.  If there are any documents about this, I would be most grateful to know where I could get them.  My father, named John O'Donnell, passed away in October 2005, and

I would love to have the full story.

Je parle et lis francais, et je puis traduire si c'est necessaire.

Merci mille fois,

Susan O'Donnell Davenport.

 

Madame Sue Davenport, est la fille de John Baldwin O’Donnell, soldat de la 83eme division d’infanterie américaine. Ce vétéran de la seconde guerre est décédé en 2005, mais son ami, Howard Kalt, réalisa un enregistrement vidéo des souvenirs de quelques soldats.

Parmi tous les témoignages, le récit du soldat O’Donnell est étonnant et bouleverse quelques peu l’histoire de la libération de Dol.

Dans la nuit du 3 au 4 août 1944, deux soldats de l’armée américaine auraient pris contact avec l‘officier commandant les troupes allemandes à Dol, en lui proposant de se retirer avec ses quelques 250 hommes dans un délai de trois heures. Près de 3000 soldats américains étaient alors stationnés à quelques kilomètres de Dol et se préparaient à pilonner la ville dès le lendemain matin.

Aucune chance pour les Occupants d’en sortir vivants. Après cette négociation, l’officier allemand accepta d’évacuer la ville pendant la nuit. Ce fait a eu pour conséquence d’épargner un bombardement imminent de la ville et une destruction certaine de notre cathédrale.

 

Madame Sue Davenport et son ami, Howard Kalt avaient déjà effectué quelques recherches dans les archives américaines, sur internet, et contacté quelques autorités locales et départementales....  sans résultat.

 

Sans réponse, c'est alors que par l'intermédiaire de notre site histogendol, elle me contacte.

Je transmet alors cette demande à mon ami Patrick Amiot co-auteur du livre Dol, Occupation, Libération, avec M. C. H. Galocher, et c'est le début d'une passionnante enquête avec M. M. Thierry Gravier et Frederic Dibout.

 

Transcription des paroles de John O'Donnell, sur le DVD.

à partir 29eme minute.

 

… Nous avons franchi les lignes et avons traversé Coutances, Avranches, Pontorson, jusqu’à une petite ville nommée Dol….

A Dol, notre régiment est arrivé en force. Nous faisions partie de l’avant-garde.

 

Cette nuit-là, vers 22 h, peut-être 23 h, le colonel du régiment m’a fait venir et m’a dit :

« O’Donnell, je veux que vous preniez Pusta avec vous (Pusta était un sergent qui parlait l’allemand et le français). Je veux que vous entriez dans cette ville, que vous trouviez le Maire et je veux que le Maire vous amène chez le commandant Allemand parce que je ne veux pas avoir à démolir ce clocher ! ».

D’une façon ou d’une autre, il savait qua la cathédrale Saint-Samson avait été construite par le roi Jean d’Angleterre en 1118.

« Je ne veux pas avoir à démolir ce clocher. Et si nous attaquons demain matin, c’est la première chose qu’on fera ».

Donc, on a rampé sur à peu près 3/8 d’un mile (soit 500 m environ !), à travers une prairie, sans savoir ce qui allait se passer. Heureusement j’avais une adresse pour localiser le maire – Nous dans « L’Intelligence » (service dont il devait faire partie…. Les renseignements militaires !), nous avions eu des renseignements du Q.G. à Londres.

 

Nous sommes arrivés chez le maire vers 23 h 30 et avons frappés à sa porte – Un homme, ensommeillé est venu ouvrir, nous a vu et là, a essayé de refermer la porte. On a mis du temps à le convaincre parce qu’il ne voulait pas prendre parti, mais je lui ai dit que nous voulions essayer de sauver la cathédrale de cette ville et qu’on pouvait faire cela parce qu’on ne pouvait que gagner (cette bataille ou cette guerre !).

 

On pouvait entendre les camions et les tanks arriver au moment où nous parlions (Il veut dire qu’ils entendaient le vrombissement des camions et des tanks, au loin, qui manoeuvraient sur les hauteurs de Baguer-Pican… et cela devait être très impressionnant !

Ils arrivaient en force et allaient attaquer au matin, et nous ne voulions pas que cette cathédrale soit démolie.

Il a finalement accepté, mais avec réticence, de nous amener chez le commandant allemand… Un jeune type qui était « Major ».

Nous sommes arrivés chez lui vers minuit – Vous vous rappelez peut-être que Hitler avait donné l’ordre de combattre jusqu’à la mort, sans se rendre.

 

Donc, convaincre ce jeune Major a pris du temps : le « deal » que nous offrions était qu’il était libre de sortir de la ville et de rejoindre le reste des Allemands là où il voulait ; soit vers le sud, soit vers l’est où il y avait beaucoup d’Allemands, soit vers l’ouest où beaucoup d’Allemands se rassemblaient à Saint-Malo.

« Il n’y aura pas une main levée sur vous quand vous partirez ! Donc, ce ne sera pas une reddition, mais vous allez nous aider à sauver la cathédrale de cette ville ».

Il a finalement accepté, il n’avait que 250 soldats avec lui et il voyait bien que nous étions en force avec 3 000 hommes qui arriveraient au matin.

Il a donc évacué la ville et je suis revenu faire mon rapport au colonel Foster :

« La ville est dégagée, vous pouvez entrer »

 

C’est ce qu’il ont fait au matin et pour la première fois, nous avons eu un accueil floral : des roses, des fleurs jetées sur les jeeps, les tanks, sur nous. Des bises sur la joue de la part des filles.

 

Mais ce dont je me souviens le plus, à propos de Dol, c’est que ce matin là, au bout de la place Chateaubriand, ils ont érigé une estrade d’environ 10 mètres et ils ont exposé une vingtaine de jeunes filles sur cette estrade et les ont tondues en public, l’une après l’autre et puis ils leur ont jetées des fruits et des légumes. Ce lynchage public était très humiliant. J’avais du mal à le supporter, mais j’imagine que ces jeunes filles avaient été très coopératives avec les officiers Allemands.

Voilà pour Dol !

(Minute : 34 :57)

 

Ensuite, nous avons mis un mois à prendre la ville de Saint-Malo…

 

 

A noter : L’anecdote finale concernant les 20 jeunes filles accusées de… « collaboration horizontale » semble être l’objet d’une confusion dans les souvenir de John O’Donnell.

En effet et d’après les témoignages que j’avais recueilli en 1982-1983, il n’y a eu que quelques filles (3, 4 ou 5) qui ont été « tondues » non pas sur la place Chateaubriand, mais devant la mairie de Dol, comme le montre les photos de l’époque (Voir Dol Occupation, 2è édition, p176). De plus, John O’Donnell situe cet épisode à « ce matin là ! », c’est-à-dire le matin du 4 août. Or, comme précisé par de nombreux témoins, les dolois avaient évacué Dol dès le 1er août pour se réfugier dans la campagne, et ne revinrent à Dol, en toute sécurité, que l’après-midi du 4 août. Ce n’est donc qu’à ce moment là et peut-être même le lendemain 5 août que certains se livrèrent aux « règlements de comptes ». John O’Donnell ne pouvait pas avoir vu cette scène puisque dès 12 h 45 ce 4 août, le bataillon du 330è dont il fait partie annonce que l’opération de nettoyage de Dol est en cours et que ce bataillon va se diriger vers la route du nord-ouest en direction de St-Malo. A 16 h 10 le nettoyage de Dol est terminé. A 20 h 20, le bataillon du 330 è est au Mont-Dol. (Voir p. 153). Il est possible que John ai vu cette « vingtaine » de filles à… St-Malo ! – Par contre, le fait de parler de la place Chateaubriand est intéressant. C’est un nom qui semble l’avoir marqué. Or, il ne devait pas être évident pour un soldat de « passage dans une petite ville » de se rappeler du nom d’une place…. A moins que ce nom ait été à jamais gravé dans sa mémoire pour une raison précise…. Telle que « la place où vous devez vous rendre pour trouver le maire de Dol » …. Quel hasard ! M. Emile Pardieu habitait… à l’entrée de la petite ruelle des Bas Celliers « au bout de la place Chateaubriand… » !

A noter aussi : le fait que le bataillon du 330 è quitte Dol dès la fin du « nettoyage » explique que le soldat O’Donnell n’a pu raconter à qui que ce soit son aventure de la veille. D’ailleurs, cette mission était « secrète » et John O’Donnell ne connaissait personne à Dol. Aucune raison donc pour lui de raconter son histoire et voici pourquoi personne (ou presque) n’avait entendu parler de ce fait historique à Dol !

Patrick Amiot 22 mai 2008

 

 

 

 

 

3 août 44 : A 5 h, Commandement Général (C.G.) donne l’ordre au régiment de se rendre, à moteur, au point de rassemblement à proximité de Pontorson. Un déplacement de 75 miles.

La 330 è division de combat, motorisée, traverse « I.P. » ( ??) à 14 h 25 et arrive au point de rassemblement à 14 h 55. Le trajet entier s’est effectué sans rencontrer d’actions de l’ennemi, mais avec un retard considérable à cause des routes bloquées par des colonnes d’armes et de ravitaillement. A 18 h 30, la 330è DC a rejoint en camion le nouveau point de rassemblement près de Baguer-Pican, à 2 miles à l’est de Dol.

4 août 44 : A 10 h, la DC lance l’attaque pour capturer Dol. Le 2è bataillon à l’assaut en travers de la route ; le 1er bataillon en arrière DR ; le 3è bataillon en arrière G. N’a rencontré qu’une légère résistance, malgré des positions défensives étendues consistant en blocs (morceaux ?) de routes, barbelés et A.T. ( ?) et fossés qui entouraient la ville.

A 11 h 30, le 2è bataillon était sur l’objectif et procédait à travers la ville vers la route principale menant à Plerguer qui était l’objectif suivant du régiment. Le 1er bataillon reste dans la proximité de Dol, pour nettoyer le secteur du Mont-Dol. Le régiment (moins le 1er bataillon) avance ensuite vers Miniac où était le point de rassemblement pour la nuit.

Aucune résistance rencontrée après être passé par Dol.

A noter : Ce rapport du « Headquarters 330 th infantry » montre bien que la Libération de Dol s’est passée sans combattre réellement et qu’il n’y avait pas de résistance à Dol, ni dans les environs. La « légère résistance » dont il est question doit concerner les quelques escarmouches provoquées par des éléments isolés… des soldats allemands qui n’avaient peut-être pas été prévenus du « départ précipité » de leurs camarades pendant la nuit du 3 au 4 août. Ces soldats pouvaient aussi être des « fanatiques » qui refusèrent de « reculer » face à l’ennemi et qui firent le choix du jusqu’auboutisme ! Leur résistance fut suicidaire, comme ce fut le cas avec les deux soldats en fraction dans les arbres du boulevard Planson (Voir « Dol, Occupation, Libération, 2è édition, pp.150, 154, 157).

 

mise à jour : 11/08/2008